Carl Joseph Mandeng : « le Cameroun ne m’a fait aucun cadeau »

Le retour dans son pays d’origine, les réalités entrepreneuriales, le business de la transformation du bois : 03 axes qui résument simplement l’histoire que nous contons aujourd’hui. Il s’agit de celle de Carl-Joseph Mandeng, le « débrouillard professionnel » rencontré par notre équipe.

Starter Mag : En quelques mots, qui est Carl-Joseph Mandeng ?

Carl Joseph : C’est est un jeune chef d’une entreprise spécialisée dans la conception et la fabrication de produits d’ébénisterie/menuiserie. Mais de manière triviale, j’aime me présenter comme un débrouillard professionnel. Diplômé d’un Master II en finance d’entreprise et des marchés. Mon parcours professionnel est jonché d’expériences en France, aux Etats-Unis, et au Cameroun.

SM : De nombreuses personnes ont découvert très récemment, après une sortie sur les réseaux sociaux – Instagram notamment, l’activité qui est la vôtre. Pourquoi maintenant précisément ? Pourquoi pas depuis la naissance de votre initiative ?

CJ : De mon humble avis, c’est une question de timing et de légitimité. Globalement, mon entreprise existe depuis fin Janvier 2016. Soit un an aujourd’hui. En termes de visibilité, ça peut paraître long mais j’estime que le timing est juste. Mes observations sur l’entrepreneuriat jeunesse en Afrique, et notamment au Cameroun, me poussent à penser qu’on célèbre les idées et non les réalisations. Partant du postulat, que nous offrons à notre clientèle un produit de haut de gamme, il était incohérent d’exposer nos activités en janvier 2016 sans montrer la moindre réalisation.

Ensuite en termes de légitimité, le climat des affaires camerounais est allergique au concept de « confiance ». Cette allergie est encore plus avivée lorsqu’on est jeune et on débarque avec une pancarte : « je vais vous proposer un produit et une qualité de service que vous ne verrez nulle part ».

Nous allons bientôt présenter aux camerounais notre plateforme web, ça fait un an que nous travaillons dessus, avec comme seul objectif, une représentation exacte de la qualité du service offert à notre clientèle.

SM : Nous avons apprécié de découvrir votre travail sous le label Wenge Woods, une entreprise d’ébénisterie/menuiserie. A notre sens, WW représente de magnifiques créations à base de bois. Mais comment le présentez-vous avec vos propres mots ?

CJ : Merci infiniment pour votre appréciation positive de notre travail. Wenge Woods, c’est la qualité du service au cœur de la satisfaction client. Nous allions Traditions à travers des essences issues de nos forêts équatoriales, Savoir-faire avec des collaborateurs qui ont 22 ans d’expérience dans le secteur du bois, et enfin Glamour grâce à notre alchimie entre héritage et modernité. Pour nous, la perfection du produit ne suffit plus, les consommateurs camerounais attendent un service sur mesure.

Parmi nos différentes gammes de produits, vous retrouverez des portes intérieures et extérieures, des cuisines, du parquet, des revêtements muraux, du mobilier de bureau, du mobilier intérieur. Globalement, toute finition en bois que vous pouvez trouver dans un habitat.

Carl Joseph Mandeng : « le Cameroun ne m’a fait aucun cadeau »
Carl Joseph Mandeng : « le Cameroun ne m’a fait aucun cadeau »

SM : Concrètement, qu’est-ce que Wenge Woods apporte de différent ?

CJ : Premièrement, l’Excellence. Cette quête inébranlable de proposer la meilleure qualité de service sur le marché. Nous avons cette volonté de repousser sans cesse nos limites  pour offrir le meilleur à nos clients. Ensuite une Créativité qui résume notre capacité à pouvoir décliner nos produits selon les expectatives du client. Une Ouverture d’esprit également qui se définit par le fait que nous sommes à l’écoute permanente de nos consommateurs.

Nous donnons accès à des produits en bois massifs issus de nos forêts tropicales et fabriqués minutieusement par une main d’œuvre locale. C’est donc une marque à laquelle chaque camerounais peut aujourd’hui s’identifier.

SM : Travailler le bois, il semble que c’est rarement quelque chose que l’on fait par passion. Et vous n’êtes pas menuisier de formation. Pourquoi ce choix – sur la niche de luxe de plus ?

CJ : Pourtant, le bois est avant tout une passion de mon père qui n’est pas non plus menuisier de formation. Il a voulu partager sa passion avec moi, j’y ai vu une opportunité d’affaires. Rappelez-vous que je suis un débrouillard professionnel.

Avant de me lancer, j’ai étudié pendant un an le marché de la troisième transformation du bois et j’ai découvert cette niche. Comme notre slogan le stipule, « le luxe c’est avoir le choix ». Le marché camerounais n’offrait pas ce choix là aux consommateurs. Généralement, on retrouve une clientèle mécontente du technicien pour la qualité et les délais. J’y ai vu un marché de niche, avec pour objectif d’être précurseur dans les années à venir de produits haut de gamme MADE IN CAMEROON.

« Vous voyez un corps inerte dans un cercueil, moi je vois une caisse qui rapporte un flux financier. » 

SM : On parle d’une activité où il doit vous arriver de faire du chiffre en construisant des cercueils par exemple, donc finalement sur le malheur d’autrui. Est-ce que socialement ou moralement, ça a déjà eu des effets ?

CJ : Alors déjà, la fabrication de cercueils représente pour nous un marché secondaire et non l’activité principale. Economiquement, nous voyons en ce marché secondaire, l’opportunité d’avoir un cash flow permanent afin de subvenir aux charges d’exploitation. Moralement ou socialement, lorsqu’à titre personnel, je m’exprime sur ce marché secondaire, la majorité des réactions sont antipathiques. Mais si j’ai retenu quelque chose de mes expériences professionnelles en finance, c’est qu’il y’a 2 secteurs qui subissent difficilement la crise : la pierre et les pompes funèbres.

Vous voyez un corps inerte dans un cercueil, moi je vois une caisse qui rapporte un flux financier.

Je vais même vous faire une confidence, très souvent, lorsque j’assiste à des obsèques, mon premier réflexe est d’observer la qualité des finitions de la caisse.

SM : Si vous aviez aujourd’hui la chance d’investir dans un autre business, un autre secteur ? Que choisiriez-vous ?

CJ : Vous m’auriez posé cette question il y’a un an et demi, je vous aurais dit sans hésitation l’agriculture. Derrière cet avis, il y’avait les analyses conjoncturelles qui pointent l’agriculture comme un secteur porteur à moyen et long terme. Aujourd’hui ma vision est beaucoup nuancée et surtout atténuée par les difficultés du marché camerounais.

Pour faire court, je serai capable d’investir dans tous les secteurs, je mets simplement un point d’honneur à être capable de maitriser les propositions de valeur, les structures de coût et de revenus et les canaux de distribution.

SM : Vous êtes l’exemple type du « returnee » qui a quitté la France pour revenir construire sa vie dans son pays d’origine. Est-ce que le Cameroun vous le rend bien jusqu’ici - notamment dans le développement de votre entreprise ?

CJ : Premièrement j’aimerai dire à vos lecteurs de la diaspora une phrase que je répète en permanence à mes amis : « On ne rentre pas au Cameroun par devoir mais par ambition ».

Ensuite, je ne suis pas très à l’aise avec le côté exemplaire qu’on accorde au retour dans son pays d’origine. Croyez-moi, beaucoup aimeraient pouvoir rentrer, mais le marché camerounais n’est pas souvent mature pour la vision et la construction entamée de nos projets professionnels. Tout le monde n’aspire pas à être entrepreneur, et tout le monde ne réussira pas en tant qu’entrepreneur. Je compte en milliers de fois, les moments où j’ai eu envie de claquer la porte et reprendre l’avion.

S’agissant du Cameroun, il ne me fait aucun cadeau. C’est une expérience éreintante. Loin de moi l’idée d’exacerber mon expérience, mais naïvement j’ai toujours l’impression que chaque mois passé ici, me fait gagner 6 mois de maturité professionnelle. En somme, je dirais que le Cameroun m’a poussé à tropicaliser mon esprit.

SM : Ou est ce qu’on peut s’attendre à retrouver Wenge Woods dans 02 ans ?

CJ : Wenge Woods dans 02 ans, c’est la mise en place de showrooms dans les 2 principales villes du Cameroun. Nous avons eu l’opportunité dès notre création, de réaliser des travaux destinés à une clientèle étrangère. A moyen terme, ce sont des expériences que nous aimerions renouveler. Et pourquoi ne pas s’implanter à long terme dans la sous-région.

Carl Joseph Mandeng : « le Cameroun ne m’a fait aucun cadeau »
Carl Joseph Mandeng : « le Cameroun ne m’a fait aucun cadeau »
Carl Joseph Mandeng : « le Cameroun ne m’a fait aucun cadeau »
Carl Joseph Mandeng : « le Cameroun ne m’a fait aucun cadeau »

SM : Et si vous partagiez avec nos lecteurs 03 leçons que vous avez durement apprises via votre statut de gérant d’une entreprise d’ébénisterie/menuiserie ?

CJ : Cette expérience m’a donné une kyrielle de leçons mais si je devrais citer les plus marquantes :

      - La conscience professionnelle est une notion que je juge encore très abstraite au Cameroun.

      - Pour chaque opportunité, il y’a un frein à 5 mètres. 80 % des obstacles peuvent être jugés futiles sous d’autres économies de marché, mais ici, on les rencontre aussi fréquemment qu’un restau chinois à New-York.

      - Malheureusement « qui t’envoie » prédomine très souvent sur « qu’est-ce que tu sais/peux faire » dans ce pays.

SM : Si l’on veut commander des meubles ou une œuvre Wenge Woods, comment et où vous trouve-t-on ?

CJ : Pour commander une œuvre de WENGE WOODS, c’est très simple. Il suffit de nous contacter via l’adresse team@wengewoods.top ou au +237693299446. Vous bénéficierez d’un service réactif et d’un accompagnement sur le choix de vos essences, en fonction de votre environnement et écosystème. Nous vous proposerons aussi une modélisation 3D de votre produit selon vos souhaits. Et enfin, la livraison d’un produit de qualité.

SM : Merci pour cet échange et bon courage.