Réussir sa campagne de crowdfunding selon elyon's

Le 21 janvier 2015 s'est tenue au sein de l'ESSEC (Ecole Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales) de Douala une conférence sur le thème du « financement participatif des projets », ou crowdfunding. L'une des panélistes de cette conférence était la jeune bédéiste camerounaise Joëlle Ebongué, plus connue sous son nom d'artiste Elyon's. Elle est l’auteur de la bande dessinée « La Vie d'Ebène Duta » (LVDD), qui relate les péripéties d'une jeune Africaine fraîchement débarquée en Occident. L'artiste a eu recours au financement participatif afin de pouvoir éditer son premier album. Pendant cette conférence, elle a distillé les astuces qui lui ont permis mener une campagne de crowdfunding à succès.

 

  1. Etre porteur d'un projet novateur

L’édition de bande dessinée d'emblée ne parait pas être une entreprise innovante à l'ère où le numérique supplante peu à peu le papier. Le projet sort tout de même des sentiers battus car il n'est pas courant qu'un auteur de bandes dessinées basé en Afrique sub-saharienne envisage de produire un album. Elyon's s'est fixé un objectif dès le départ: « être la première à réussir à faire financer un projet de cette envergure en étant basée à Douala », au Cameroun. Elle révèle en outre que cet album, en dehors de l’impression, a été entièrement réalisé au Cameroun. Preuve s'il en est qu'un travail de qualité peut aisément être effectué sans avoir besoin de vivre en Occident.

2. Peaufiner la stratégie sur les réseaux sociaux

Avant d'arriver à la solution du crowdfunding, Elyon's a essayé de passer par les canaux traditionnels dans le secteur du livre: trouver un éditeur qui acceptera de publier son œuvre. Aucune porte ne s'étant ouverte, elle s'est vue conseiller le financement participatif. À ce moment, elle disposait d'une fanbase déjà conséquente. En effet, la page Facebook « La Vie d'ébène Duta » comptait déjà 10000 fans (ce nombre s’élève aujourd’hui à 17590 fans). Ces fans n'ont pas été acquis d'un coup de baguette magique. Elyon's s'était déjà fait connaître sur les réseaux sociaux en publiant assez régulièrement une petite  histoire d’Ebène Duta. La qualité de son travail a vite fait de drainer du trafic vers elle. Après avoir compris que toutes ces personnes étaient de potentiels financeurs de son projet, elle les a mobilisées tout au long de la campagne de collecte.

3. Etre en bonne intelligence avec sa plateforme de financement participatif

Une plateforme de crowdfunding  est  un site web sur lequel des entrepreneurs présentent leurs projets et où le public peut donner ou prêter sous certaines conditions la somme de son choix pour soutenir le projet. Elyon’s a choisi la plateforme « Ulule ». Pour une raison singulière : elle a été fascinée par le logo qui représente une chouette multicolore. En outre, il est crucial que les conditionnalités de la plateforme correspondent au projet. Elyon’s a rappelé que les plateformes en général veulent que les campagnes soient courtes (de l’ordre de trente jours en général). Elle a néanmoins réussi à obtenir de Ulule que sa campagne de collecte de fonds s’étale sur trois mois.

4. Etre astucieux

Une importante partie de la communauté LVDD se retrouve au Cameroun. Les versements sur les plateformes de financement participatif se font par virement bancaire ou par paiement électronique. Il fallait penser à une astuce permettant aux contributeurs locaux (qui ne disposent pas toujours de ces moyens de paiement) de pouvoir eux aussi effectuer leur donation. Alors, Elyon’s récupérait les fonds en espèces et effectuait le versement via son propre compte bancaire. Tout en ayant préalablement informé Ulule qu’elle effectuerait elle-même les versements pour certains des contributeurs. Les contributions du porteur de projet et de son entourage ne doivent pas dépasser un certain pourcentage de la somme totale. Il a donc fallu qu’elle explique à la plateforme qu’une partie des versements par elle-même effectués provenait d’inconnus qui ne pouvaient contribuer autrement.

5. La transparence, critère fondamental

 « A toutes les étapes de la collecte, j’ai tenu à ce que le processus soit aussi clair que possible. Tout le monde pouvait par exemple savoir à quel niveau j’étais au niveau de la collecte. Et pour ceux qui me remettaient les fonds en mains propres, je mettais un point d’honneur à ce que leur nom apparaisse en temps réel sur la plateforme avec le montant exact de leur contribution. Si le public n’a pas ce sentiment de clarté, il est plus que probable qu’il n’adhère pas au projet ».

6. Savoir ruer dans les brancards

Avec une campagne aussi longue, les aptitudes mentales du porteur de projet sont mises à rude épreuve. Le défi principal de celui-ci est de ne pas se décourager quand la collecte des fonds n’avance pas aussi vite qu’on l’aurait souhaité ou si elle stagne. « Le public sait se rendre compte que vous avez perdu la foi en votre projet. Il ne faut éviter de leur donner ce sentiment. Il faut continuer à communiquer, à occuper l’espace. Il faut continuer à rappeler à sa communauté qu’on compte sur elle, que les objectifs ne sont pas encore atteints. Il faut le faire, même si en réalité on est totalement découragé ».

7. Les contreparties 

Les campagnes de crowdfunding reposent quelques fois sur le principe de rétribution. Toutefois, les contributeurs ne souhaitent pas toujours avoir un retour sur investissement en espèces sonnantes. Il est tout de même nécessaire d’imaginer un bon système de contrepartie. Elyon’s a promis que les noms des contributeurs seront inscrits dans l’album si celui-ci parvenait à voir le jour. Elle est persuadée que cette idée a favorisé beaucoup de contributions.

8. Savoir compter sur sa communauté 

Dans une campagne longue et anxiogène telle que fut la sienne, Elyon’s a su profiter de l’aide quelques fois peu commune que sa communauté lui a offert de façon tout à fait spontanée. Elle se rappelle qu’elle avait par exemple reçu un coup de fil d’une jeune femme vivant en Tunisie, qui lui avait demandé si elle pouvait prier pour que sa campagne aboutisse. Un autre exemple lui est venu de la Côte d’Ivoire, où un membre de la communauté LVDD s’est proposé de l’aider à procéder à la collecte de fonds dans ce pays.

En fin de compte, sur les 12500 euros espérés pour l’édition de son album, la campagne de crowdfunding a réussi à dépasser l’objectif de départ et à atteindre 15349 euros de donations. La somme levée en supplément a permis, en plus de produire les albums en français, d’en éditer aussi en anglais. Pour un total de 3000 exemplaires.

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